jeudi 1 décembre 2005

Restauration d’un vieux rabot Stanley


Cet article a pour but de vous montrer ce qu’on peut faire avec un vieux rabot Stanley.  Celui qui sera présenté ici est un vieux Stanley Bailey No. 5 type 14, datant des années 1928-1930 environ.  Pourquoi restaurer un tel rabot plutôt qu’en acheter un neuf ?  Et bien, tout simplement parce que ces vieux rabots étaient de très grande qualité, comparativement aux nouveaux qui se trouvent en magasin.  De plus, le choix est plus vaste. Il a bien sûr quelques exceptions, comme les rabots vendus par Lee Valley ou Lie Nielsen par exemple, mais vous devrai débourser entre 200$ et 500$ pour un seul rabot.  Le mien ?  M’a coûté 35$ sur eBay !

J’aimerais d’abord spécifier que je présente ici les étapes complètes que j’ai fait pour restaurer ce vieux rabot, mais pour obtenir un outil fonctionnel, certaines d’entres-elles, comme le traitement à l’acide citrique et la restauration des poignées, ne sont pas essentielles.  Elles se voulaient tout simplement esthétiques dans mon cas.

1. Traitement à l’acide citrique

Voici d’abord le rabot original que je me suis procuré sur eBay. Il comporte un peu de rouille à divers endroits, les poignées sont plutôt usées et la semelle est en mauvais état, sans compter que le fer est très mal aiguisé. Certains rabots sont bien plus rouillés, d’autres sont souvent nettoyés par le vendeur, mais se vendent aussi plus chers !

 
 

Le nettoyage à l’acide citrique se veut un moyen simple pour enlever le plus de rouille possible. Il y a aussi l’électrolyse qui permet de faire ceci, mais cette autre technique nécessite un peu plus de matériel, de là l’avantage de l’acide citrique.

Ce que vous avez besoin :

  • Un contenant étanche suffisamment grand;
  • Un peu de détergent liquide ou en poudre (savon à laver les vêtements)(une cuillère à soupe); 
  • Un peu d’alcool (une cuillère à soupe d’alcool à friction, d’alcool à fondue, ou autre…);
  • Tempons à récurer;
  • Brosse(s) en laiton;
  • Linge en nylon ou coton pour essuyer les pièces;
  • Eau du robinet;
  • Votre rabot démonté en pièces (sauf les poignées en bois idéalement);
  • Acide citrique* (une cuillère à soupe)

* Cet ingrédient est bien sûr le plus important. Celui-ci peut être acheté dans les boutiques de vins et bières maison, tout comme dans certaines épiceries, dans la section des desserts. Certains magasins de vins et bières maison vendent aussi des « mélanges » d’acide, c’est ce que j’ai utilisé avec succès.

Nettoyer les pièces pour enlever toute trace de gras ou de saleté (question que la réaction ait lieu !), puis mettre le tout dans le contenant. Remplir ensuite le contenant d’eau pour recouvrir complètement les pièces.

Laissez reposer 3-4 heures au moins.

 

Voici maintenant le moment de frotter un peu.  À l’aide d’un tampon récurant et de la brosse en laiton, nettoyer sous l'évier les diverses pièces qui ont trempées pendant quelques heures, en les frottant et les brossant.  Normalement, vous verrez des tâches noires à nettoyer, c’est à ces endroits que la réaction a eu lieu en majorité.  On peut voir, ci-dessous, le côté de mon rabot après avoir passé brièvement le tampon à récurer, devinez quel côté j’ai frotté ?


N’oubliez surtout pas, après avoir nettoyé vos pièces, de les rincer puis de bien les essuyer, à défaut de quoi la rouille dissoute se répandra et laissera une couleur orangée à vos pièces une fois séchée. Ça risque d'être pire qu'avant !

Voici donc le résultat, après avoir nettoyer mon rabot à l’acide citrique.


2. Planage de la semelle 

Cette étape est probablement l’une des plus importante pour obtenir un rabot fonctionnel.  Car avec une base bien droite, on s’assure que le bois travaillé sera bel et bien droit lui aussi.

Pour sabler la semelle de mon rabot, j’ai utilisé une vitre suffisament épaisse et bien droite (ça peut aussi être le dessus d’une dégauchisseuse ou d’un banc de scie, tant que la surface de travaille est parfaitement droite).  J’y ai par la suite collé, à l’aide d’un adhésif en aérosol, 4 feuilles de papier sablé de divers grains (Grit 80, Grit 120, Grit 220 et Grit 600).

 
 

En suivant un mouvement aléatoire (en forme de « 8 »), planer la semelle du rabot (n’oubliez bien sûr pas de rétracter le fer)  en commençant par le papier le plus rugeux (Grit 80) jusqu’au plus fin (Grit 600) pour obtenir un finit lustré.  J'ai bien spécifié de "rétracter" le fer, mais il ne faut pas l'enlever, question de garder le rabot "sous tension", soit dans le même état qu'il sera lors de son utilisation. Vous pouvez aussi, avec le même principe, sabler les côtés du rabot (esthétique !).

Il peut d'ailleurs être intéressant de sabler les côtés pour s'assurer que ceux-ci et le dessous sont d'équerre (angle de 90 degrés), dans le cas où vous comptez utiliser le rabot avec une planche à recaler pour couper du bois de bout

Afin de m'aider à planer la semelle, j’ai aussi marqué la semelle avec un crayon feutre noir.  Ainsi, il est possible de connaitre rapidement, les surfaces qui sont sablées.  Lorsque le feutre noire disparaîtra en même temps sur toute la surface, votre semelle sera maintenant plutôt droite !

 
 

Essuyer bien le tout par la suite étant donné qu’une « poussière noire » (l’acier) se saura accumulée sur la surface du rabot.  Et voilà, une autre étape de complétée. Remarquez à quel point l'acier peut être bien poli sur le papier abrasif Grit 600 !

 
 

3. Ajustement des diverses pièces

Je ne rentrerai pas dans les détails concernant cette section étant donné les diverses possibilités selon l’état du rabot que vous possédez, mais voici quelques points importants à ne pas négliger.

Le siège ("frog") doit être plat, quelques coups de lime sur la surface et la base seront peut-être nécessaires pour s'assurer d'un bon contact avec la base du rabot ainsi qu'avec le fer. Assurez-vous de bien l'aligner avec la lumière ("throat), pour augmenter le contact entre le fer et le siège.

La lumière ("throat) (endroit où le fer sort à travers la semelle) doit être bien droite, utiliser une lime au besoin.

Le bout du contre-fer doit être d’équerre avec ses côtés et bien plat.  Faites un test en l’appuyant sur le fer.  Si vous ne voyez presque pas de lumière entre celui-ci et le fer, il est probablement suffisamment plat et le contact sera très bien.  Sinon, vous pouvez le planer sur du papier sablé ou une pierre d’aiguisage bien droite.

Vérifier de plus la solidité des diverses autres pièces. Et dites-vous que plus les pièces sont en contact, plus le rabot sera efficace puisque qu'il vibrera moins et évitera au maximum les éclats de bois.

4. Aiguisage de la lame (du fer)

Cette étape est sans aucun doute LA PLUS IMPORTANTE étant donné que peu importe le rabot ou sa valeur, une lame mal aiguisée ne donnera jamais de bons résultats.

Je vous présente ici la méthode que j'utilise, c'est à dire l'aiguisage à l'aide de pierres à eau.  Celles-ci peuvent être naturelles mais celles que j'utilise sont plutôt conçues en entreprise dans ce but précis.  J'utilise les pierres à eau de marque Norton, pour la largeur de celles-ci et la qualité reconnue de leurs produits.  Je n'ai jamais essayé les pierres à l'huile que plusieurs aiment, mais cette solution est aussi très viable, selon les préférences de chacun.  Il existe aussi plusieurs outils électriques servant à "aider" pour l'aiguisage des lames de rabots et ciseaux à bois.  La meule stationnaire et la station d'aiguisage professionnelle en sont de bons exemples.  Il existe plusieurs méthodes et je ne débattrai pas sur celles-ci puisqu'elles sont sensiblement tous bonnes.  Je vous présente ma technique, plus ou moins coûteuse, et qui offre un très bon contrôle sur l'aiguisage, tout en étant plutôt sécuritaire.

Les pierres à eau que j'ai utilisé sont affichées ci-dessous.  Je possède 2 pierres à eau combinées de marque Norton.  Une 1000x/4000x et une 1000x/8000x.  Pourquoi deux fois 1000x ?  Tout simplement parce qu’en frottant celles-ci, je peux planer mes pierres entres-elles et donc les garder plates et efficaces longtemps.  Pourquoi des pierres combinées ?  Pour économiser !!!


Mise à part les pierres à eau, vous aurez idéalement besoin d'un guide.  Bien que plusieurs experts fassent le tout "à la main", il est beaucoup plus simple et rapide d'obtenir un résultat idéal à l'aide d'un guide, qui vous permettra de bien maintenir l'angle désiré pour le biseau principal et secondaire.  Le guide que j'ai utilisé est le "Veritas Mk.II Honing Guide", vendu par Lee Valley.  Ce guide est précis et simple à utiliser.


La première étape afin d'aiguiser un fer de rabot (ou ciseau à bois) est de bien planer la surface ("face") de la lame (on utilisera le guide plus tard pour le biseau).  Commencer par une pierre 220x si votre fer est très usé, mais sinon, une pierre 1000x comme j'ai utilisé fera très bien l'affaire.  Passez par la suite aux pierres 4000x puis 8000x pour bien polir la lame.  Vous devriez maintenant pouvoir vous voir dans votre lame, ou presque !


Une fois la surface du fer bien polie, vous pouvez maintenant utiliser le guide pour faire le biseau principal ("primary bevel").  Dans mon cas, l'angle de ce biseau est de 30 degrés.  Bien positionner la lame dans votre guide puis faire les mêmes étapes que pour planer le fer, soit aiguiser jusqu'à la pierre 8000x pour avoir un biseau bien poli lui aussi.

 

Pourquoi faire un biseau secondaire ("micro-bevel") maintenant ?  Tout simplement parce qu'il sera plus rapide de ré-aiguiser votre lame ainsi que de refaire le biseau principal.  La surface de contact étant moindre.  Pour faire ce 2e biseau, varier l'angle de 1 ou 2 degrés vers le haut, ce qui donne 31-32 degrés dans mon cas.  Sur le guide de Lee Valley utilisé, il suffit de tourner la petite roulette d'un demi tour pour surélever le fer.  Passez maintenant quelques fois seulement sur la pierre 4000x puis 8000x.  La largeur du biseau secondaire devrait être entre 1/32po et 1/16po. Voir l'image ci-dessous.


Enlever maintenant la lame du guide puis passer brièvement le côté plat du fer sur la pierre 8000x.

Le fer devrait maintenant être tranchant.  J’aime bien couper le bois de bout d’une planche de pin à la main, pour vérifier que ma lame coupe bien. C'est ce que Rob Lee conseil sur son DVD, mais il y a plusieurs autres moyens.   Avec la lame dans la main, tenter de couper, sans forcer, le bois de bout d'un morceau de pin.  Si le tout tranche facilement, votre lame devrait normalement bien fonctionner.  Ce n’est rien de scientifique, mais ça donne une bonne idée ! Il y a aussi le truc de couper le poil du bras (ou du visage, mais non conseillé !!!!), comme pour un rasoir !


Entretient des pierres à eau
Pour s'assurer que les pierres à eau soient toujours plates, il est conseillé de les frotter sur une surface plate (une vitre par exemple), avec du papier abrasif.  Lee Valley vendent d'ailleurs un ensemble pour faire le tout.  Par contre, je préfère de loin la technique de frotter deux pierres ensemble, ce qui aplanit les pierres rapidement, et on peut le faire bien plus souvent.  Je les frotte ensemble plusieurs fois pendant l'aiguisage d'un seul fer !  Deux pierres 1000x frottées ensembles deviendront plates et "colleront" ensemble à cause de l'eau, vous "sentirez" qu'elles sont bien planes.  Ensuite, il sera facile de planer une 4000x à l'aide de la 1000x par exemple.  Assurez-vous que la 1000x est bien plate, car sinon, vous pourez déformer la 4000x, étant donné que dans ce cas, ce n'est pas les deux pierres qui se désagrègeront mais seulement la 4000x puisqu'elle est moins dure.  Assurez-vous aussi de maintenir les pierres dans l'eau au moins 10 minutes avant leur utilisation et de toujours appliquer de l'eau sur celles-ci en cours d'utilisation.  Voilà pour l'entretient des pierres.

5. Restauration des poignées (optionnel)
Cette dernière étape est en général optionnelle, même que plusieurs préfèrent garder la finition originale sur leurs poignées.  Du moins, pour un finit plus « propre » et résistant, il est possible d’ajouter une couche de finition ou de décaper le tout, puis d'apporter une nouvelle finition.

 

Les poignées de mon rabot étant plutôt usées, j’ai choisit de décaper celles-ci à l’aide d’un décapant vendu dans tout bon magasin grande surface.  Une fois complété, j’ai obtenu deux belles poignées de palissandre (« Rosewood ») d’une couleur rougeâtre bien sûr.  J’ai par la suite enlevé les dernières saletés avec un peu d’alcool à friction et un chiffon.

Pour continuer la restauration de celles-ci, j’ai appliqué 2 couches de gomme laque déjà diluée.  À noter qu’à la base, la grande majorité des poignées de rabots Stanley ont aussi été traités avec un produit similaire.  J’aurais aussi pu choisir de l’huile ou un verni quelconque mais je tenais à obtenir une finition similaire à l’originale et celle-ci est aussi très solide et durable.


6. Résultat final
Voici donc le résultat final obtenu avec ce vieux rabot Stanley Stanley No.5, j’en suis très satisfait, pas si mal pour un rabot âgé de plus de 75 ans !
 
 
 

Je vous présente ici le résultat final obtenu avec mon autre rabot, un Stanley No.7 de type 16.  Lui aussi maintenant très propre et très fonctionnel, comme un neuf !

 
 
 

1 commentaire:

  1. Il est beau comme une femme en peignoir sortant d'un bain parfumé.

    RépondreSupprimer